Histoire de l'habitat idéal. De l'Orient vers l'Occident, d'Augustin Berque

Editions Le Félin poche, Coll. : «  Les marches du temps »

L'histoire de l'habitat idéal

Fils du célèbre islamologue Jacques Berque, Augustin Berque s'est dédié à un autre Orient, extrême celui-là, la Chine et surtout le Japon. Son nom et son œuvre immense sont incontournables pour ceux et celles qui veulent se familiariser avec les visions du monde, les vécus, les perceptions et les représentations spirituelles et culturelles de cette humanité-là. Jusqu'à sa retraite en 2011, ce géographe, orientaliste, et philosophe fut Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris. Il fut le premier occidental à recevoir, en 2009, le Grand Prix de Fukuoka pour les cultures d'Asie. Cet ouvrage, Histoire de l'habitat idéal, était sorti en 2010, et les éditions Le félin ont eu l'heureuse initiative de le rééditer en 2016, sous un format de poche. Ce terme « histoire » dit bien la perspective de notre auteur ; explorer le temps, sur 3000 ans, de l'aventure humaine à partir d'un questionnement en apparence simple, mais en réalité éminemment complexe, celui de notre habitation du monde. Mais la perspective historique ne fuit pas la réalité. Au contraire, l'auteur essaie de mettre à jour les lignes de force d'un paradoxe contemporain : « C'est l'histoire des raisons pour lesquelles la société urbaine des pays riches en est venue à idéaliser le modèle de l'habitation individuelle au plus près de la nature. De ses plus anciennes expressions mythologiques jusqu'à l'urbain diffus contemporain, cette histoire couvre plus de trois millénaires. Elle aboutit aujourd'hui à un paradoxe insoutenable : la quête de « la nature » détruit son objet même : la nature. Associée à l'automobile, la maison individuelle est effectivement devenue le motif directeur d'un genre de vie dont l'empreinte écologique démesurée entraîne une surconsommation, insoutenable à long terme, des ressources de la nature. » Ainsi, la demande écologique peut aussi être un problème pour la nature ! Accompagnant la perspective temporelle (l'histoire), Augustin Berque explore aussi l'espace (la géographie), présentant les tendances générales de l'habitat contemporain dans les pays riches (Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon...), et des conséquences sur l'environnement, et sur notre propre condition anthropologique. Augustin Berque se fait simultanément poète et philosophe quand il questionne les liens et les différences entre l'Orient et l'Occident. Un plaisir : Lisons le :

« Pour écouter le vent, il faut faire taire les machines; ou plutôt, qu’il n’y ait pas de machines du tout. C’est pourquoi les sociétés prémécanistes ont eu loisir de méditer beaucoup sur la vertu des souffles qui peuplent l’univers et habitent notre corps, parlant d’atman, de pneuma, de spiritus, voire de souffle cosmique (qi), alors que nous avons affaire, d’abord, aux gaz d’échappement de nos voitures (il est vrai que nous pouvons aussi parler du vent solaire, que lesdites sociétés ne connaissaient pas).

Le vent ne se voit pas, sinon par ses effets, mais il se sent par tous les pores, et pénètre au plus profond de nous-mêmes. Les «sages nus» (gymnosophistes) de l’Inde ancienne, comme les appelèrent les Grecs, ont très tôt appris qu’il est en nous le messager de l’univers, et se sont donc efforcés d’accorder à Vayu, le dieu du vent, leur propre souffle vital ou leur âme (atman, mot de même racine que notre atmosphère). Ainsi ont-ils pu développer des facultés hors du commun: en phase avec l’univers, par la maîtrise de leur souffle et par la force du vent.

Ce pouvoir cosmisant que possède le vent, d’où le tient-il ? Assurément de ce que nous sommes des êtres terrestres, aérobies, et qu’il incarne donc à une autre échelle, l’échelle du monde qui nous entoure, ce même souffle qui tient chacun de nous en vie. Le vent, c’est le souffle du kosmos – le souffle qui tient notre monde en vie. » (p. 10)

 

Voici la table des matières du livre : 

Prologue. Le vent qui ruisselle

9 • § 01. Au désert de Borrego

10 • § 2. Pour écouter le vent

11 • § 3. Le vent et la Terre

13 • § 4. L’écoulement du vent

15 • § 5. Le sentiment du vent

17 • § 6. Habiter

 

PREMIÈRE PARTIE

CHINE

 

23 • Chapitre I. La quête de l’immortalité

23 • § 7. Histoire de la Source aux fleurs de pêcher

26 • § 8. Remonter vers la Femelle obscure

33 • § 9. Le voyage dans l’Ouest

38 • § 10. Que ne puis-je, comme le roi Mu…

43 • § 11. Lieu à part, temps à part

48 • § 12. La promenade en immortalité

 

55 • Chapitre II. La retraite hors les murs

55 • § 13. La muraille, c’est la ville

59 • § 14. Au-delà des murs

66 • § 15. Le principe de Xie Lingyun

73 • § 16. L’ermitage

76 • § 17. Fiction, ou authenticité ?

 

89 • Chapitre III. La naissance du paysage

89 • § 18. Le principe de la grotte de Pan9

92 • § 19. Avant le paysage

101 • § 20. L’acte de naissance du paysage

107 • § 21. L’assomption du pays en paysage

112 • § 22. Le principe de Zong Bing

115 • § 23. Paysage et forclusion du travail social

122 • § 24. Regard individuel et regard social

128 • § 25. Érème et paysage

 

DEUXIÈME PARTIE

JAPON

 

135 • Chapitre IV. La vue sur le mont Lu

135 • § 26. Le chalet de référence

143 • § 27. Le pays natal du corps social

150 • § 28. La recherche de l’érème

158 • § 29. Le déploiement de l’espace

165 • § 30. Dedans et dehors

172 • § 31. L’essence de l’habiter

 

181 • Chapitre V. De la cabane à thé à la ville-campagne

181 • § 32. Tsuboniwa

188 • § 33. Sukiya

194 • § 34. La colonne érémitique

197 • § 35. Un goût de campagne

207 • § 36. Réalité de la fiction

 

215 • Chapitre VI. L’échappée suburbaine

215 • § 37. Sauter dans la nature

219 • § 38. « The Chinese connection »

226 • § 39. La maison délicieuse

234 • § 40. De la métaphore à l’hygiénisme

242 • § 41. Tristes campagnes

250 • § 42. Lotissements, du train au my car

 

INTERMÈDE

VOIR COMME

 

256 • Figures 1 à 20

 

TROISIÈME PARTIE

TERRE/MONDE

 

279 • Chapitre VII. Mécanique de la ville-campagne

279 • § 43. En avant dans la nature !

281 • § 44. L’avènement de Cyborg

285 • § 45. Paysage et désurbanité

293 • § 46. L’acosmie de l’urbain diffus

296 • § 47. Capitalisme et Cyborg science

 

303 • Chapitre VIII. Un monde sans base

303 • § 48. Topos et acosmie

311 • § 49. La forclusion du corps médial

317 • § 50. La fétichisation de l’objet

323 • § 51. Le corps consommateur

329 • § 52. Construire Lucy in the sky

336 • § 53. L’absolutisation du monde

 

345 • Épilogue. Au bois de châtaigniers

345 • § 54. L’échelle des choses

347 • § 55. La forclusion du travail

350 • § 56. Le danger, le recours

 

357 • BIBLIOGRAPHIE

375 • INDEX DES SINOGRAMMES

 

(Mohammed Taleb)